Majorité pour l’aide au suicideEnquête ● Les Suisses gardent une attitude très libérale face à l’assistance au suicide, d’après une étude de l’Université de Zurich. L’autodétermination est importante.Ariane gigonLes discussions parfois violentes menées depuis des années sur l’assistance au suicide en Suisse – particulièrement en raison des cas d’étrangers recourant aux services de Dignitas – n’ont pas changé, fondamentalement, l’opinion de la population sur cette manière de mourir. Une étude réalisée par l’Institut de criminologie de Zurich confirme l’attitude libérale de la population, qui est ressortie de tous les sondages menés jusqu’ici. Mais la nouvelle enquête jette aussi une lumière plus précise sur ce que pensent les Suisses.Lors d’interviews réalisées auprès de 1500 personnes dans toute la Suisse, les chercheurs n’ont pas posé la question frontale du «pour ou contre» les organisations d’aide au suicide. «Cela aurait signifié «pour ou contre» Ludwig Minelli (fondateur de Dignitas)», a expliqué le professeur Christian Schwarzenegger, lors de la présentation de l’enquête hier à Zurich.Les chercheurs ont donc présenté des exemples concrets et parfois réels à leurs interlocuteurs. Dans tous les cas présentés (comprenant aussi des personnes atteintes d’Alzheimer ou non frappées par une maladie mortelle mais souffrant d’incontinence et d’autres maladies du grand âge), les personnes interrogées sont majoritairement favorables à l’assistance au suicide. Seule contestation: 66% rejettent l’aide au suicide accordée à des étrangers n’habitant pas en Suisse.Religiosité faible«Les Suisses sont plus sceptiques vis-à-vis du suicide assisté pour les gens qui en ont marre de vivre sans être malades ou pour les malades psychiques», ajoute le professeur Christian Schwarzenegger. «Mais globalement, la population rejette une législation trop restrictive et souhaite pouvoir exercer son droit à l’autodétermination.»Cette attitude très ouverte est liée, selon le professeur, à une «religiosité faible.» En revanche, ajoute-t-il aussitôt, «la polarisation est grande entre un groupe très favorable et une forte minorité réclamant des interdictions». Ainsi, interrogés sur le cas d’une femme atteinte d’un cancer incurable, souffrant de douleurs insupportables et se trouvant à un stade terminal, 33,6% des personnes interrogées trouvent moralement tout à fait justifié qu’un médecin lui prescrive un médicament mortel à utiliser avec une organisation d’aide au suicide. Et 27,5% d’entre eux ne voient aucun obstacle moral à ce que le médecin lui fasse lui-même une injection létale.Difficile compromisLes personnes qui trouvent cela complètement erroné représentent 13,1% dans le premier cas et 23% dans le deuxième. Et celles qui sont à mi-chemin ne sont pas rares non plus (près de 11%)! «Il sera difficile, pour le législateur, de trouver un compromis, admet Christian Schwarzenegger. Il s’agira de trouver un processus démocratique pragmatique, allant, à mes yeux, dans le sens d’une surveillance et d’autorisations administratives. Le Conseil fédéral devrait présenter son projet définitif d’ici à la fin de l’année.L’organisation Exit alémanique s’est félicitée des résultats. «C’est une confirmation du travail que nous effectuons depuis bientôt 30 ans», a déclaré le porte-parole Bernhard Sutter. L’association – qui refuse d’accompagner les étrangers ne résidant pas en Suisse – se dit néanmoins surprise de la forte proportion de gens (86%) qui souhaitent que ce soit un médecin qui pratique l’assistance au suicide. L’intervention directe, aujourd’hui interdite, n’est pas non plus rejetée… Un autre volet de l’étude, consacré à l’opinion des médecins, sera publié dans le courant de l’année prochaine.
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- Qui a appris à mourir, a désappris de servir. Le savoir mourir nous affranchit de toute sujétion et contrainte. Il n' y a rien de mal en la vie pour celui qui a bien compris que la privation de vie n' est pas un mal. (Montaigne)
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